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Après le dernier article, tout est allé très vite. Nous avons décidé de rejoindre la Bolivie le plus rapidement possible afin de pouvoir se poser un peu avant la rentrée, trouver un logement, et s'occuper de l'épineux dossier des visas.
DE TILCARA A HUMAHUACA
Le court trajet d'à peine une heure se révelle encore une fois hallucinant par les paysages qu'il nous offre au coeur de la Quebrada. L'arrivée à Humahuaca se fait aux alentours de 8h30, et les flaques d'eau gelées un peu partout dans les rues sont là pour nous rappeler que nous désormais à plus de 3000 mètres, et qu'ici, la nuit, ça ne rigole pas! Nous avions prévu après cette étape un passage furtif par le village de Iruya, décrit comme une pure merveille par nos précieux guides. Petite parenthèse au sujet de ces fameux guides. Nous assistons régulièrement, et participons même quelques fois, à des débats plus ou moins houleux pour savoir lequel des guides de voyage est le meilleur, les partisans de l'un ne voulant accorder aucune qualité à l'autre...Et bien nous autres, habitués du Routard avons décidé d'emporter cette fois dans nos bagages le concurent Lonely Planet. Et bien pour mettre fin au débat; du moins pour nous, les deux présentent des aspects intéressants, plus ou moins historiques, culturels, tous les deux recellent de bonnes adresses, mais surtout, tous les deux présentent leur lot d'inepties, et oublient carrément quelquefois de parler d'une ville impossible à éviter (la ville-frontière pour ne citer qu'elle). Donc fin de la parenthèse, en concluant sur le fait qu'avoir un guide c'est bien, deux c'est mieux, trois c'est sûrement trop, le meilleur système étant sûrement de questionner les locaux sur les choses à faire, ou encore les voyageurs croisés le long de la route, venant d'où nous allons. Donc Iruya...Selon les guides, dure à atteindre tant les transports en commun sont rares. A peine arrivés à Humahuaca, nous voyons qu'un bus vient de partir pour ce fameux village, et qu'un autre part une heure plus tard. Nous trouvons donc rapidement une auberge, jetons les sacs dans les chambres (avec précaution tout de même, y'a notre vie là dedans), avalons un thé salvateur ainsi que les miettes des derniers gateaux apportés de France, et embarquons dans ce bus à l'allure austère en direction de Iruya, pour un trajet annoncé de 4 heures.
AU BOUT DU MONDE A GAUCHE
La première demie-heure se fait sur une route somme toute classique au coeur de la Quebrada, puis nous nous en écartons par une piste sabloneuse en direction de l'est. Une heure après le départ, nous traversons un petit village, puis quelques cours d'eau mi-asséchés mi-gelés (ça ne laisse, vous me l'accorderez, qu'une place réduite à l'eau) au coeur d'un paysage quelque part entre la steppe et le désert. Et là, un panneau nous pousse à croire que l'on nous a arnaqué sur la longueur du trajet et donc sur le prix du billet, bien que 4 euros par personne aller-retour soit une arnaque tout à fait acceptable... Le fameux panneau indique Iyura à 46 Km et il est censé nous rester 3 heures de route. La tromperie semble avérée...Mais rien n'y fait, ces Argentins sont définitivement trop honnêtes! La route continue de monter durant une bonne heure, et une fois au col, le chauffeur nous accorde une quinzaine de minutes de pause, tant pour profiter de la formidable vue offerte par ce passage à 4000 mètres que pour ménager la mécanique mise à l'épreuve depuis deux heures. Première occasion également de se rendre compte que le manque d'oxygène n'est pas une légende, les 3 ou 4 foulées consenties pour rejoindre le bus en seront la preuve tant attendue. Une question nous tracasse toutefois: être arrivés là c'est bien beau, mais il n'y a aucun village à l'horizon alors que nous pouvons voir jusqu'au fond de la vallée, et surtout, où se trouve la route pour redescendre de l'autre côté du col? La réponse est pourtant toute simple: dans cette pente abrupte serpente en un nombre incalculable de virage la piste menant au fond de la vallée (à 3500 m tout de même la vallée). Quelques photos ou une petite séquence vidéo seront plus parlantes, je peux juste dire que deux sensations se mêlent durant la descente: de l'émerveillement bien sûr devant un tel spectacle, mais un peu de peur aussi, il faut accorder ta confiance à un chauffeur que tu ne connais pas, et qui mastique de la coca depuis le départ.
EL CONDOR PASA
Après une bonne cinquantaine de virages, et une bonne demie-livre de poussière absorbée, la route change. Nous sommes désormais au bord du lit d'une rivière, ou plutôt au bord de tonnes d'aluvions qui nous font penser qu'une rivière doit couler ici en été, et qu'elle doit le faire depuis bien longtemps vu le paysage qu'elle a sculpté. Deux condors nous surveillent d'un peu plus haut, et si nous roulons depuis des heures, secoués comme une canette de la célèbre marque de boisson à l'orange et dans un bruit assourdissant, eux semblent sereins là-haut, ne donnant qu'un coup d'aile toutes les 20 à 30 secondes. Et là, après quatres heures de route, dont trois sans croiser un seul signe de civilisation, sur la gauche du canyon se dessine une église, celle d'Iruya. Au bout du monde, un incroyable village de quelques centaines d'âmes, son école, ses auberges, et un improbable terrain de foot. Pourquoi ici? Et surtout, pourquoi une église dans ce village? Venir évangéliser ces Indiens du bout du monde, fallait oser quand même! Venir prôner l'égémonie d'un Dieu sur tout ce qui est vivant; alors qu'ici, tout ne dépend que des vents, des pluies, de la neige, ou encore des tremblements de terre, et que tout le monde ne jure par la Pachamama, la Terre Merre, moi personnellement, j'aurais pas fait...
RETOUR AU MONDE REEL
Après une brève visite du village et de ses abruptes rues pavées, où l'altitude nous rappelle encore une fois pourquoi ici on mache de la coca, et une énième pause croquis, nous repartons vers Humahuaca. La sieste est de rigueur pour Emilie, ce qui m'épate vu l'état de la route, mais pas autant que notre voisine du siège de gauche, qui tricotte un bonnet sans sourciller même lors des bonds les plus impressionants de notre bus, alors que je reste scotché à la vitre pour profiter de chaque seconde de ce paysage irréel. Après une bonne douche pour se débarasser de l'omniprésente poussière, nous prenons une décision importante devant une assiette de lama à la moutarde. Cette nuit sera notre dernière en Argentine, du moins pour cette fois. Nous comptons bien revenir dans l'année, ce pays nous réellement séduit. Le lendemain matin donc, dans un froid sec et saisissant, nous quittons Humahuaca direction La Quiaca, ville frontière avec la Bolivie.
BIENVENIDOS A BOLIVIA!
La seule chose que nous retiendrons de La Quiaca, c'est le flot ininterrompu de porteurs qui passent la frontière chargés comme des mules. A part ça, rien, si ce n'est un nouveau tampon pour notre collection de visas! Mais la vraie « épreuve » a eue lieu à l'entrée en Bolivie. Nous n'avions pas fait de visas avant de partir, et surtout nous n'avons pas de billets d'avion pour prouver que nous n'allions pas rester en Bolivie pour toujours. Nous avons donc imaginé un scénario à base d'escale rapide avant de repartir au Pérou dans le cadre d'un grand voyage, mais le brave préposé n'a posé aucune question et nous a donné le précieux césame sans même que l'on ait à lui glisser un petit billet. Nous étions donc en Bolivie...enfin, à la ville frontière, Villazon, qu'on ne peut pas réellement considérer comme Bolivienne tant elle fonctionne avec sa jumelle Argentine autour de la contrebrande de produits hi-fi, mais surtout du trafic de coca qui déborde de gros sacs partout dans la rue.
FROIDE NUIT BOLIVIENNE...
Après quelques moments d'errance au gré des jus de fruits pressés dans la rue et des connexions internet incroyablement inefficaces, nous embarquons dans un bus 4x4 à destination de Cochabamba. Nous avions prévu de prendre d'abord un bus puis un train un peu plus loin le lendemain, mais l'opportunité de se poser dans un siège et de ne plus avoir à porter nos sacs pesants jusqu'à notre destination finale nous a paru séduisante. Premier constat, les bus sont ici bien moins précieux qu'en Argentine...Mais bon, ça a aussi son charme, du moins au début. Des pistes poussièreuses mais plaisantes innondées par un beau soleil tombant d'hiver, nous sommes doucement passés à des routes défoncées et bercées par le froid glacial de l'Altiplano. Le fait que tous les Boliviens soient montés dans le bus avec 2 ou 3 couvertures chacun aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Nous pensions nos polaires, anoraks, gants et autres bonnets suffisants, nous avions tort! La nuit a été un véritable calvaire, et le mot est pesé, les courants d'air passant à travers les fenêtres ne faisant que s'ajouter à la température ambiante glaciale.
ARRIVEE A COCHABAMBA
Après une nuit fort pauvre en sommeil, le matin venait offrir ses premiers rayons de soleil salvateurs à l'approche de Cochabamba, le tout après 17 heures de trajet. Donc autant dire que c'est avec un certain degré de fatigue et de nervosité que nous arrivions dans notre nouvelle ville! Et comme il est dit qu'il n'est pas bon d'aborder notre nouveau chez-nous dans un tel état, notre première action a été de trouver une auberge, de déplier nos duvets, et de s'y fourrer pour réchauffer un peu nos corps, et raffraichir nos esprits.
CONCLUSION
Depuis 6 mois que ce voyage se prépare, après une fin d'année scolaire périlleuse, des montagnes de documents administratifs à remplir, un avion qui a bien faillit ne pas arriver, près de 3000km en bus, en taxi et en vélo, nous y sommes enfin. Les récits de voyage vont désormais laisser la place à nos premières impressions, et ne vous en faites pas, Emilie donnera bien sûr les siennes. La Bise.
PILOUEMILIE. |